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Les organisations de la psychologie en France

La psychologie française n'a pas d'ordre professionnel. C'est une singularité qu'il faut tenir en tête pour comprendre tout le reste, car elle explique l'aspect du terrain avant même qu'on l'ait arpenté. Là où les médecins, les avocats ou les infirmiers relèvent d'une instance unique, obligatoire, dotée d'un pouvoir disciplinaire et d'un tableau où l'on est inscrit ou radié, les psychologues se répartissent entre une multitude de syndicats, de fédérations, de sociétés savantes et d'associations, toutes volontaires, aucune ne parlant seule au nom de la profession. Personne ne détient le monopole de la parole collective, personne ne peut radier un confrère, et l'adhésion reste, d'un bout à l'autre, une affaire de choix. Ce paysage éclaté est parfois vécu comme une faiblesse, une dispersion qui affaiblit la voix des psychologues quand il faut peser sur une loi ou défendre le titre, parfois revendiqué comme une richesse, la marque d'une profession qui refuse la tutelle et préfère se penser en réseau. Les deux lectures ont leur part de vérité, et cette page ne tranche pas : elle dresse la carte, aussi complète que possible, en distinguant ce qui relève de la défense professionnelle, de la science, de la déontologie, de la spécialité et des champs voisins. Chaque organisation citée a été vérifiée sur une source réelle, et les points incertains sont signalés comme tels, parce qu'un annuaire qui invente des sigles pour faire nombre trahit ceux qui le consultent.

Les syndicats et la défense professionnelle

Un seul syndicat est consacré spécifiquement et de façon généraliste à la profession, tous secteurs confondus : le SNP, Syndicat national des psychologues, fondé en 1950. Il défend le titre et la profession, apporte une aide juridique à ses adhérents, et milite de longue date pour une réglementation de la déontologie, voire pour un ordre, cette instance dont l'absence structure tout le reste. Les autres syndicats sont catégoriels, chacun rattaché à un secteur d'exercice plutôt qu'à la profession dans son ensemble. Le SPEN, Syndicat des psychologues de l'Éducation nationale, fondé en 1975, a fusionné de longue date avec le SNP, qui couvre désormais ce champ à travers sa commission Éducation nationale ; il ne subsiste pas de SPEN autonome doté d'un site propre, et l'on rencontre parfois le sigle sans plus rien derrière. Le SPPN, Syndicat des psychologues de la police nationale, figure quant à lui parmi les signataires du code de déontologie.

Pour les psychologues de l'Éducation nationale, le PsyEN, corps créé en 2017, la représentation ne passe pas par un syndicat autonome mais par les collectifs internes aux grandes fédérations enseignantes, ce qui oblige à regarder du côté des maisons syndicales du monde éducatif plutôt que du seul monde psy. Sont vérifiés le SNES-FSU pour le second degré, le SNUipp-FSU pour le premier degré, avec un portail commun PsyEN-FSU, ainsi que le SE-UNSA et le SGEN-CFDT. Des collectifs de psychologues de l'Éducation nationale existent aussi à FO, portés par la FNEC FP-FO et le syndicat des lycées et collèges, à la CGT Éduc'action et à SUD Éducation, chacun avec une activité propre et des pages consacrées aux PsyEN. Côté hospitalier et médico-social, la CGT porte un Collectif des psychologues UFMICT-CGT, distinct des collectifs de l'Éducation nationale, et rattaché à un autre terrain de conditions de travail, celui de l'hôpital et du secteur médico-social.

Les fédérations et les sociétés savantes généralistes

La FFPP, Fédération française des psychologues et de psychologie, créée en 2003, est la structure la plus englobante, celle qui vient le plus près de ressembler à une voix commune sans jamais en avoir le pouvoir. Elle fédère praticiens et universitaires à travers des coordinations régionales et des organisations nationales adhérentes, porte le code de déontologie, représente la France auprès de la fédération européenne, et héberge plusieurs instances déontologiques. Les étudiants ont leur propre fédération, la FENEPSY, Fédération nationale des étudiants en psychologie, elle aussi signataire du code, présente très tôt dans le parcours de ceux qui apprennent le métier.

Du côté de la science, la SFP, Société française de psychologie, est la plus ancienne, fondée en 1901 sous la première présidence de Pierre Janet, un nom qui à lui seul rappelle l'âge de la discipline en France. Elle couvre toutes les branches, publie les revues Psychologie française et Pratiques psychologiques, et fédère en son sein plusieurs sociétés de spécialité, si bien qu'on la retrouve, en filigrane, derrière une bonne part des structures plus étroites citées plus loin. L'AEPU, Association des enseignants-chercheurs de psychologie des universités, rassemble quant à elle les universitaires, veille sur la formation et prend part aux débats de déontologie, du point de vue de ceux qui enseignent la psychologie autant qu'ils la pratiquent.

La déontologie et les instances interprofessionnelles

C'est le point le plus sensible du paysage, parce qu'il touche à ce qui manque : une régulation opposable. Le code de déontologie des psychologues, dans ses versions de 1996, 2012 et 2021, n'a pas de valeur réglementaire. Aucun texte de loi ne lui donne force, aucun juge n'est tenu de l'appliquer, et un psychologue qui le méconnaît ne risque pas devant lui la radiation d'un ordre qui n'existe pas. Il tient toute sa force de l'adhésion de ses signataires, une vingtaine d'organisations, parmi lesquelles la SFP, le SNP, la FFPP, l'AEPU, l'AFPEN, l'AFPTO, l'OFPN, la FENEPSY, plusieurs collectifs de PsyEN et de psychologues hospitaliers, et des associations de la petite enfance et des collectivités territoriales. C'est un accord entre pairs, pas une loi, et toute la difficulté du champ tient dans cet écart.

Plusieurs instances animent cette déontologie sans force contraignante, et il faut les distinguer avec soin, car les sigles se ressemblent au point de se confondre. La CNCDP, sous le sigle historique de Commission nationale consultative de déontologie des psychologues, créée en 1997 et rattachée à la FFPP, rend depuis des années des avis motivés et anonymisés, sans pouvoir de sanction : elle éclaire, elle ne condamne pas. Il faut suivre ici une évolution récente qui rebat les cartes du sigle lui-même. En janvier 2025, à la suite d'une assemblée générale constitutive tenue le 18 janvier, un Comité national consultatif de déontologie des psychologues a été créé sous le même sigle, cette fois comme association loi 1901 indépendante, réunissant dix-sept organisations fondatrices, dans le prolongement des travaux du CEREDEPSY, et doté de son propre site, cncdp.fr. Sa gouvernance nominative n'est pas encore publiée, ce qui invite à la suivre plutôt qu'à la décrire. La régulation des litiges au sein de la FFPP passe pour sa part par la CORELI, Commission de régulation des litiges, conçue comme transitoire dans l'attente d'une instance légale, façon d'avouer qu'on répare provisoirement ce qu'aucune loi ne vient tenir.

Le chantier d'une déontologie réglementée est porté, au fil du temps, par des structures inter-organisationnelles successives, qui se relaient comme les étapes d'un même combat. Le GIRéDeP, Groupe inter-organisationnel pour la réglementation de la déontologie des psychologues, actif jusque vers 2017, a piloté la révision de 2012. Il a été relayé par le CEREDEPSY, qui réunit depuis 2018 plus de vingt organisations autour de la révision du code et de sa reconnaissance juridique. À la marge de ces instances installées, des collectifs de mobilisation apparaissent au gré des débats, comme le Manifeste des psychologues cliniciens et psychothérapeutes, actif autour de 2021 et 2023 dans la défense de l'autonomie clinique, collectif plutôt qu'association déclarée, né d'une inquiétude précise plutôt que d'une volonté de durer.

Les associations par spécialité

Chaque grand domaine de la psychologie a, le plus souvent, sa ou ses associations, et l'inégale densité de ce tissu en dit long sur l'histoire de chaque champ. La neuropsychologie est la mieux dotée : l'OFPN, Organisation française des psychologues spécialisés en neuropsychologie, représente les praticiens, la SNLF, Société de neuropsychologie de langue française, est la société savante d'échange entre chercheurs et cliniciens, et le GRECO, Groupe de réflexion sur les évaluations cognitives, travaille la standardisation des outils. Un Collège des psychologues cliniciens spécialisés en neuropsychologie, le CPCN, figure aussi parmi les signataires du code.

La psychologie du travail et des organisations se reconnaît dans l'AFPTO, Association française de psychologie du travail et des organisations, section française d'un réseau international et associée à la SFP. La psychologie sociale a l'ADRIPS, Association pour la diffusion de la recherche internationale en psychologie sociale, plutôt tournée vers la recherche. La psychologie du développement se retrouve dans le RIPSYDEVE, réseau interuniversitaire de psychologie du développement et de l'éducation, à dominante académique. La psychologie de la santé a l'AFPSA, Association francophone de psychologie de la santé, qu'il ne faut pas confondre avec une association strictement française : elle est francophone, et réunit praticiens et chercheurs par-delà les frontières nationales. La psychologie du vieillissement a l'association Psychologie et Vieillissement. Les psychologues de l'Éducation nationale ont deux associations historiques, l'AFPEN, Association française des psychologues de l'Éducation nationale, du côté du premier degré et du développement, et l'APSYEN, ancienne ACOP-F, du côté de l'orientation, deux traditions qui recouvrent les deux métiers longtemps distincts que le corps unique de 2017 a rapprochés.

Le champ clinique et psychopathologique, paradoxalement, n'a pas d'association professionnelle unique, alors même qu'il rassemble le plus grand nombre de praticiens. Il est couvert par des structures de recherche universitaire comme l'AFPSY, réseau de recherche en psychologie clinique et psychanalyse, et le SIUEERPP, séminaire inter-universitaire d'enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse, ainsi que par les syndicats généralistes. La psychologie interculturelle et transculturelle a l'AIEP, Association internationale d'ethnopsychanalyse, basée à Paris, l'ARIC, souvent citée, étant une structure suisse et non française, distinction qui compte pour qui cherche un interlocuteur en France. La psychologie du sport a une société dédiée, la SFPS, Société française de psychologie du sport, affiliée à la SFP et à la fédération européenne. La psychologie cognitive, elle, n'a pas de société qui lui soit propre : elle se structure en interne à la SFP et dans l'ARCo, Association pour la recherche sur la cognition, interdisciplinaire par nature, comme l'est l'objet même qu'elle étudie.

Deux champs, enfin, n'ont pas d'association de psychologues qui leur soit spécifique, et il vaut mieux le dire clairement que de le masquer sous un sigle emprunté. La psychologie légale, l'expertise et la psychocriminologie ne disposent pas d'une association professionnelle dédiée : l'Association française de criminologie existe, mais elle est pluridisciplinaire, et l'on trouve seulement, au titre de l'expertise, des associations régionales de psychologues experts judiciaires. La psychologie de la circulation et des transports n'a pas non plus d'association identifiée, le champ vivant surtout dans les laboratoires universitaires, loin des logiques de représentation.

Les associations périphériques : psychologie et enfant, psychologie et sport

Autour de la psychologie gravitent des associations interdisciplinaires, où les psychologues se retrouvent avec d'autres professionnels autour d'un thème plutôt qu'autour d'un métier. Deux axes méritent qu'on s'y arrête, parce qu'ils illustrent deux situations opposées, l'abondance d'un côté, la rareté de l'autre.

La psychologie et l'enfant forment le carrefour le plus riche, celui où le psychologue croise le pédiatre, le pédopsychiatre, l'éducateur et le chercheur autour d'un même petit d'homme. La WAIMH-France, branche francophone de l'association mondiale pour la santé mentale du nourrisson, réunit psychologues, pédopsychiatres et chercheurs autour de la vie psychique du tout-petit et de la période périnatale. La Société Marcé francophone fédère les professionnels de la santé mentale périnatale, autour en particulier des unités mère-bébé. L'ANECAMSP rassemble les équipes des centres d'action médico-sociale précoce, pour le dépistage et l'accompagnement du jeune enfant en situation de handicap, de zéro à six ans. L'association Pikler Lóczy France diffuse une approche de la petite enfance centrée sur la motricité libre et la qualité de l'accueil. La SFPEADA, Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, à dominante médicale, reste ouverte aux disciplines associées, dont les psychologues. Il faut y ajouter, non comme sociétés de professionnels mais comme partenaires du champ, les associations de familles, au premier rang desquelles Autisme France, fédération de familles reconnue d'utilité publique. Et l'AFPEN, déjà citée, ancre la psychologie scolaire dans ce carrefour de l'enfance, où les périmètres se recoupent au point qu'on la retrouve sous plusieurs rubriques.

La psychologie et le sport forment, à l'inverse, un axe structurellement pauvre en associations de psychologues, et cette pauvreté oblige à nommer les choses avec prudence pour ne pas prendre un voisin pour un membre de la famille. La seule société savante réellement dédiée est la SFPS, Société française de psychologie du sport. Autour d'elle gravite une périphérie qu'il faut nommer sans la confondre avec la psychologie au sens du titre : l'AFRAPS, tournée vers la recherche en activités physiques et sportives, relève du champ des STAPS et non de la psychologie ; la préparation mentale, portée par une Société française de préparation mentale et divers collectifs de préparateurs, est adossée à la psychologie sans se confondre avec elle et ne réunit pas spécifiquement des psychologues. Un mot de vigilance au passage, l'exemple parfois cité d'une AFPAPS n'a pas d'existence vérifiable, il s'agit vraisemblablement d'une confusion avec l'AFRAPS, et l'on gagne à ne pas la répéter.

D'autres intersections existent, plus discrètes, là où la psychologie touche à des mondes qui ne sont pas les siens. Du côté de la justice, on trouve des associations comme Justice et psychologie et, pour l'expertise, des associations régionales de psychologues experts judiciaires. Du côté de l'environnement, l'ARPEnv, Association pour la recherche en psychologie environnementale, structure la recherche francophone, tandis qu'une Association francophone d'écopsychologie diffuse une approche plus grand public. Du côté du numérique, une École française de cyberpsychologie existe comme association déclarée, enregistrée au registre national des associations, mais son site officiel n'était pas en état de fonctionnement au moment de la vérification, et le champ reste surtout porté par des diplômes universitaires. Là où aucune association réelle et spécifique n'a pu être confirmée, cette page préfère le silence à l'invention, faute qui coûte plus cher qu'un blanc assumé.

L'échelon européen et international

La France ne s'organise pas en vase clos, elle s'inscrit dans un cadre plus large qui la dépasse et l'oblige. L'EFPA, Fédération européenne des associations de psychologues, réunit les associations nationales d'une trentaine de pays, la France y étant représentée par la FFPP. Le certificat européen de psychologie, l'EuroPsy, porté par l'EFPA, est attribué en France par un comité national adossé à la FFPP, le CoFraDeC EuroPsy, qui traduit sur le terrain français une norme pensée à l'échelle du continent. Au niveau mondial, la France est représentée à l'IUPsyS, l'Union internationale de psychologie scientifique, par le CNFPS, Comité national français de psychologie scientifique, qui réunit la SFP et la FFPP sous l'égide de l'Académie des sciences, et non par la SFP seule, précision qui évite un contresens fréquent. L'IAAP, l'Association internationale de psychologie appliquée, fonctionne pour sa part par adhésions individuelles de ses membres, sans représentation nationale au sens d'un membre par pays, autre logique, autre porte d'entrée.

Comment lire cette page

Ce recensement est une carte, non un annuaire figé, et une carte se lit en gardant à l'esprit qu'elle vieillit. Les sigles se ressemblent, les périmètres se chevauchent, certaines structures fusionnent ou se renomment, d'autres s'éteignent en silence sans que rien n'en avertisse. Les coordonnées et les statuts évoluent, et quelques entrées portent ici la mention à confirmer parce que leur site propre n'a pas pu être vérifié à la date de rédaction, mention qui vaut aveu de prudence plutôt que jugement. Avant de s'adresser à l'une de ces organisations, il vaut mieux vérifier son existence et son actualité à la source, un site officiel, un dernier compte rendu d'assemblée, une revue toujours publiée. Ce qu'il faut retenir tient en une phrase : la psychologie française s'organise par le bas, en réseau, sans tête unique, et cette page n'est qu'un instantané d'un paysage qui bouge.

Page mise à jour le 29/09/2026